Politique de la ville et numérique: éléments de réflexion.

J’ai été sollicité pour intervenir le 13 septembre, dans le cadre d’une journée organisée par Saint-Etienne Métropole et intitulée « Jeunes, quartiers et TIC », dans l’atelier consacré à l’administration en ligne.
Riche journée à laquelle quelque 90 personnes (chef de projet , responsable et animateur d’EPN, membres d’associations, élus et représentants de collectivités territoriales) ont participé.

Des échanges, je retiens essentiellement le fait que ce qui pouvait relever de l’évidence pour tous ceux qui, depuis des années, clament haut et fort que la société numérique est en train de bouleverser notre société, devient peu à peu une prise de conscience plus collective. Ainsi les apports des différents acteurs du numérique ont-ils permis aux participants d’appréhender quelques idées fortes :

Le numérique n’est pas en dehors de la société.
Cette réflexion a notamment été fortement portée lors de la table ronde « racisme sur internet ». Il n’est pas inutile de rappeler que cette gangrène n’est pas due à Internet, mais que le web démultiplie les possibilités de propagation d’idées nauséabondes. Comme se sont accordés à le souligner une responsable de la LICRA et un représentant des force de l’ordre, les techniques de filtration et de surveillance ainsi que l’arsenal juridique ont leurs limites. La prévention précoce reste la démarche la plus à même de répondre aux usages du numérique par des pratiques respectueuses des valeurs qui fondent la vie en société.

Le numérique bouscule les postures éducatives.
De ce premier constat, les débats ont fortement porté sur l’idée que les conséquences de l’émergence du numérique interpellent de plus en plus ceux qui font acte d’éducation. Les réalités rencontrées sur le terrain les poussent à remettre en cause leurs postures et démarches éducatives, et à adapter les modes d’interventions. À ce propos, j’ai écouté avec beaucoup d’attention la présentation d’un éducateur de l’ADSEA de Saint-Étienne expliquant comment ils avaient été amenés à considérer qu’il fallait prendre en compte l’espace numérique des jeunes et comment, à travers la mise en place d’un compte facebook, ils ont adapté leur mode d’interpellation et la déontologie inhérente à leur profession.

La formation des acteurs du développement local.
Cette intervention a donné corps à une autre priorité: la formation des acteurs de la politique de la ville aux usages du numérique. Formation technique afin qu’ils acquièrent le socle de compétences permettant l’exercice de leur citoyenneté ; formation pédagogique qui les invite à réfléchir et à imaginer de nouvelles approches pédagogiques et d’intervention.

La nécessité d’accompagner les plus fragiles
Formation nécessaire qui doit aussi leur permettre d’appréhender , de comprendre et de se forger des partis pris autour des enjeux du numérique. Car comme l’ont montré les débats dans l’atelier sur l’e-administration, il ne s’agit pas de s’auto-satisfaire pour les administrations, de réussir la mise en œuvre de belles interfaces administratives, mais également de se préoccuper de la façon dont cette évolution irréversible peut être accompagnée auprès des publics qui rencontrent les plus grandes difficultés. Car il s’agit bien là d’un enjeu. Outre les conséquences et les choix politiques qui ont conduit à l’accélération de la dématérialisation et les conséquences qu’elles ont sur l’organisation du travail et l’emploi, elle ne doit pas conduire à ce qu’une partie non négligeable de la population, par manque de compréhension, de formation, n’ait plus accès à ses droits. Cela interpelle fortement les administrations concernées sur le devoir qu’elles ont d’apporter leur contribution , dans le cadre du service public, à l’accompagnement et à la formation des citoyens.

Ce fut vraiment une journée riche, source d’une véritable mobilisation potentielle des acteurs de terrain pour aider à la maîtrise et à l’usage des TIC pour tous !

Jacques HOUDREMONT